Un éducateur n’’a pas le sens de l’’échec…

« Un éducateur n’’a pas le sens de l’’échec précisément parce qu’’il se croit un maître. »

Gaston BACHELARD in « La formation de l’’esprit scientifique », chapitre 1: La notion d’’obstacle épistémologique, II, page19 ; Librairie Philosophique J. Vrin

Il sait que les enfants attendent trop de lui et, par peur de ne pas être à la hauteur de la tâche, il va les décevoir.

Il mettra cela sur le dos des programmes, des collègues, des élèves, du manque de temps, du poids de la hiérarchie, des parents et que sais-je encore.

Bien sûr, il aura raison :

          les programmes se soucient fort peu de l’’enfance ;

          les collègues n’’ont pas fait le « travail » qu’’il escomptait ; lui ne le fera pas non plus, inconsciemment ou par réaction ;

          les élèves sont des enfants (!) que l’’on éduque comme des adultes en miniature -et ils résistent les bougres- refusant de sortir du monde de l’’enfance pour grandir et apprendre ;

          les parents ont depuis longtemps abandonné leur autorité et oublié qu’’eux aussi étaient indispensables dans la chaîne éducative ;

          le temps qui n’est pas extensible a sacrifié sur l’’autel du « rendement » les matières non « essentielles » (les arts, la culture, le corps) qui de plus, parce que mal maîtrisées, font peur (la peur de mal faire exclut jusque la possibilité de faire) ;

          la hiérarchie est sourde, aveugle et muette et ne répond à la peur que par la crainte d’’une peur encore plus grande. La peur est encore ici un moteur à exclusion.

Alors ?

Je ne condamnerai pas ce maître, victime lui aussi du système parce qu’’il veut s’y intégrer et n’’y sera ni reconnu, ni visible.

Mais, je compte sur la prise de conscience de ce « mal-être profond » pour que le monde de ‘l’éducation continue à avancer en ne laissant ni les enfants ni leurs maîtres au bord de la route.

Comment peut-on  « parler » du « rôle » du maître lorsque :

          l’’on fait l’’impasse sur l’’éducation de sa voix –-qui est à la fois son outil principal et son masque-  et de son corps -qui « parle » également et qui trahit ses doutes et ses hésitations- tous deux siège de ses émotions ;

          l’’on oublie la psychologie de l’’enfant ;

          l’’on néglige les acquis de l’’enfant et ses doutes ;

          l’’on méprise la pédagogie, « l’’art » d’’apprendre à apprendre ;

          l’’on ignore les arts, la culture, le réel, le vivant, la révolution technologique pour enseigner des « corpus » sans vie, des modèles désuets et inapplicables parce qu’’à des années lumière de la réalité de la classe ;

          le ministère conçoit des programmes dans des cabinets soit avec des personnes qui n’’ont soit jamais vu un enfant, soit n’’en ont qu’’une vague idée ;

          les formateurs universitaires, eux également, n’’ont qu’’une lointaine idée de la réalité de la classe et se contentent d’’enseigner du contenu et de remplir des contenants ;

          toute cette machine s’’est emballée, puis ensablée, en laissant finalement le maître en échec, face aux difficultés d’’enseigner.

Heureusement, certains ‘s’en sortent, malgré ce lourd passif, pour la même raison que l’’on sait pourquoi un enfant échoue mais que l’’on ne connaît toujours pas pourquoi il réussit.

Pourquoi devrait-on faire avancer tout le monde au même rythme : pour un service minimum ou pour la pédagogie de la médiocrité ?

Nous avons tous en main les clés pour diversifier les rythmes et les apprentissages afin que chacun arrive au maximum de ses possibilités (et même au-delà). Et pourtant, on ne fait qu’’augmenter la fracture éducative au lieu d’’apporter les aliments nécessaires à sa réduction ; car l’’on doit nourrir tous les enfants et certains plus que d’’autres : ceux qui doivent combler un déficit social et culturel mais aussi ceux qui n’’ont pas besoin du maître pour apprendre.

L’’école se doit d’aider ceux qui ne peuvent l’’être à la maison et faire des « devoirs » à l’’école un « devoir » éducatif. Nombreux sont ceux qui n’’ont ni livre, ni dictionnaire, ni encyclopédie, ni ordinateur, ni l’’Internet, ni bureau ou même un coin de table qui leur soit réservé ; encore moins quelqu’’un qui les entende et puisse les guider.

Depuis longtemps déjà, les médias ont remplacé les discussions familiales –-quand ce n’’est pas un sujet de dispute- et délivrent une bouillie prédigérée dans laquelle les enfants ne savent rien trier ni puiser. L’’école se doit d’’être attentive à éveiller leur esprit critique -afin de donner à chacun la possibilité du choix délibéré et conscient- et à construire les outils permettant de sélectionner dans le déluge de l’’information les éléments pertinents.

On n’’enseigne pas par « copier-coller » et l’’outil informatique ne peut remplacer la présence du maître ; il ne peut être qu’’au service des apprentissages et de la pédagogie.

On oublie que, la vue, l’’ouïe, le toucher sont des éléments indispensables à la compréhension du monde qui nous entoure. Lorsque l’’on élimine l’’un de ces « sens » on élimine ceux qui l’’utilisent prioritairement comme source d’’entrée indispensable dans la compréhension.

Vous allez penser, encore des litanies sur l’’école ! Des poncifs !

Raté, ce n’’est qu’une épître…

Si vous voulez savoir comment un poisson peut évoluer dans l’’air, suivez-moi… !

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