L’île aux trésors

« L’’île aux trésors »

« L’’île aux trésors »

« A leur manière, les livres sont assez bien, mais ce ne sont que des substituts forts anémiques de la vie. »  Robert Louis Balfour Stevenson

 

« Ceux qui apprennent beaucoup ne font qu’’effleurer la surface de la connaissance ; ils saisissent les lois, ils conçoivent la grandeur du plan… l’’horreur de la réalité s’’efface de leur mémoire. » Olalla, Nouvelle courte – Robert Louis Balfour Stevenson

Dans la Mairie-Ecole où nous habitions, il y avait un grenier tout en haut d’’un escalier qui me semblait immense.

Un grenier est toujours, pour un enfant, source de mystères.

Sombre, souvent obscur, c’’est un endroit parfois impénétrable, qu’’on imagine, à l’’aune de sa sensibilité, rempli de terribles secrets.

Terrible ne veut pas forcément dire inquiétant, mais plus sûrement plein d’’aventures en devenir. C’’était pour moi un refuge, un lieu privilégié de rencontre avec des livres.

Une île : au bout de l’’escalier, le temps semblait suspendu, entre ciel et terre. A quelques mètres d’’une fenêtre de toiture, au milieu du plancher, les livres réformés venaient sur le tas paisiblement terminer leurs histoires.

Paisiblement ?

Tout du moins en étaient-ils persuadés avant mon arrivée… A moins qu’’ils n’’aient vu mon intrusion comme une chance, un espoir de seconde vie ?

Ils m’’ont beaucoup parlé, beaucoup appris, toujours bien accueilli, ami entre les amis, mais je n’’ai jamais pensé à leur demander comment et pourquoi ils en étaient arrivés là.

En tout cas, s’’ils avaient été punis, en même temps qu’’ils m’ont délivré leur savoir, ils se sont libérés d’’eux-mêmes.

Un livre fermé, c’’est un livre emprisonné.

 Je voyais en un livre abandonné ouvert comme un grand oiseau incapable de s’’envoler, attendant l’’élan d’’une main. Ouvert et retourné, c’’était un atterrissage en catastrophe, une reliure qui souffrait. Une page froissée ou déchirée était une blessure. Je préférais de loin y voir une auréole ou même une tache !

 J’’étais reposé par le plaisir de caresser une couverture et de feuilleter les pages une à une, enivré par l’’odeur du vieux papier, grisé par les mots. Tous les secrets du monde se devaient d’’y être et je n’’avais pas le temps de me poser une question que  la réponse m’’apparaissait au détour d’’une page, d’’une illustration. On ne trouve que ce que l’’on cherche.

Anciennes méthodes de lecture, livres de calcul, d’’histoire, de géographie, de sciences, lectures suivies, affiches, tout un monde endormi qui ne demandait  qu’’à s’’éveiller et m’’émerveiller.

De la plus humble méthode de lecture au livre de sciences, en passant par « Le tour de France par deux enfants », je les ai suivis dans leur périple.

Il ne fut question au début que d’images, d’’illustrations, puis vint l’’amour de la lettre, du mot, de la phrase, du paragraphe, du chapitre pour en arriver à « avaler » des livres entiers. J’’étais et je suis resté affamé de lecture, un ogre, débonnaire, mais un ogre tout de même.

Le tas de livres était devenu mon île aux trésors et, seul l’’hiver dans sa grande rigueur m’’empêchait d’’y séjourner, mais jamais de venir y puiser de nouvelles ressources.

J’’ai aimé, un peu plus tard, pénétrer les archives. Ces grands cahiers où couraient des lignes d’’une écriture calligraphiée, voire enjolivée de boucles aériennes. Essayer de décrypter les lignes appliquées d’’écriture à la plume c’’était comme essayer de déchiffrer une énigme. J’’y ai pêché un jour un assignat de la révolution qui, découvert par mon père, est allé ensuite rejoindre les archives départementales.

Tout était sujet à lecture : des délibérations de conseil aux actes d’’état-civil en passant par les livres de comptes… rien que pour le plaisir d’’entendre le doux chuintement de la feuille que l’’on tourne et de regarder danser les poussières, vivantes dans les rayons de lumière.

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