La face obscure du soleil

La face obscure du soleil

« On a peur, on s’imagine avoir peur. La peur est une fantasmagorie du démon. » Georges BERNANOS

 

Même pas peur !

J’’ai cinq ans et je n’’ai pas peur du noir.

Vous trouvez cela bizarre ? C’’est plutôt l’’inverse qui me paraîtrait être la bonne question… : « Pourquoi avons-nous peur du noir ? » Il se peut que nous soyons victimes (à notre corps, pardon, plutôt à notre esprit défendant) de la civilisation judéo-chrétienne.

Pan ! Après la laïque, la calotte…

Soyons précis. Sans le vouloir, (à l’’insu de notre plein gré…) nous sommes les héritiers d’’une longue histoire (religieuse, s’entend). Cet héritage, même si nous n’’y croyons (!…) pas, exerce une influence sur notre comportement, bien au-delà d’’un simple manichéisme. Tout n’’est pas blanc, mais tout n’’est pas noir (Ah ! On y vient, la peur du noir !). Notre « civilisation occidentale » est, que nous le voulions ou non, l’’héritière des siècles passés.

Je sais, « s’’intéresser au christianisme d’’un point de vue laïque, historique, non confessionnel » (J. Prieur et G. Mordillat réalisateurs : Corpus Christie, L’’Origine du christianisme, L’’Apocalypse) n’’est pas bien venu (bienvenu ?). Où allons-nous si la « vision » laïque s’’intéresse à l’’écriture historique du christianisme ? Justement, pour affirmer sa laïcité, il faut être bien documenté et nous ne pouvons faire ‘l’impasse sur les siècles passés et ce qui est devenu une « religion d’Etat ».

Si nous nous penchons sur nos peurs élémentaires, nous remarquerons que la croyance a tout bonnement exploité des peurs ancestrales et païennes. L’’homme a toujours eu peur du noir (cerveau reptilien ou primitif, l’’instinct de conservation). Il faut dire qu’’à l’’époque des cavernes le noir était source de danger (terrain de chasse des bêtes féroces) et l’’homme n’’a eu de cesse qu’’à le repousser, pour se protéger. Voilà le feu (et sa lumière) qui lutte contre les ténèbres. Mais pourquoi diantre, hommes modernes bien au chaud dessous la couette, avons-nous toujours peur du noir ? Certainement parce que, durant des siècles, cette peur a été récupérée et entretenue par la religion.

L’’éternelle lutte du bien et du mal, de la lumière contre l’’obscurité (obscurantisme ?) prend ici une coloration toute particulière. Déjà le paganisme fêtait « le retour de la lumière » (l’’équinoxe d’’hiver), la religion a récupéré cette date pour la naissance du Christ, et ce afin d’’exploiter au mieux un calendrier païen bien enraciné. En emmêlant les croyances la religion a bouleversé les certitudes et a réécrit à son bénéfice les rituels des siècles précédents. La lumière contre le noir, le bien contre le mal, Dieu (ange blanc) contre Satan (ange noir). Voilà pourquoi, il me semble, au-delà de nos peurs primaires, nous continuons à avoir peur du noir.

Mais justement, je n’’ai pas peur du noir !

Voilà tout l’’intérêt d’une éducation basée sur la construction de l’’esprit critique : rationaliser ses peurs et ses doutes. Tout (ou presque) devient « raisonnable ». C’’est une victoire de l’’acquis sur l’’inné.

J’’ai cinq ans, comme je suis trop petit pour allumer l’’électricité de l’’escalier et du couloir qui mènent à ma chambre, je me promène dans le noir, j’’apprends le noir, je le domestique.

Au lieu de découvrir un monde hostile -parce que non visible- je découvre un monde « velouté ».

Le noir n’’a-t-il pas la couleur du velours ?

Et puis, il y a noir et noir !

Mes yeux apprennent petit à petit à capter et à exploiter la moindre parcelle de lumière. L’’univers du soir n’’est pas obscur au point de gommer toute évidence, le monde qui m’’entoure reste « palpable ».

Et c’est ce que je fais. Je palpe.

J’’imagine avoir des yeux au bout des doigts qui explorent les murs en tâtonnant. Et cela marche. Le chemin devient chaque jour plus facile, les repères deviennent apparents.

Bien sûr, j’’ai eu comme tout le monde des cauchemars, mais cela n‘a rien à voir avec le noir raisonné dont je parle.

Voilà un point éclairci……

 

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