Haïr c’est aimer…

« Haïr, c’’est aimer, c’’est sentir son âme chaude et généreuse, c’’est vivre largement du mépris des choses honteuses et bêtes… » Emile ZOLA

« Seul l’altruiste est capable d’aimer autrui et de haïr autrui. » Anonyme

C’’est parce que je hais l’’école -–tout du moins la partie qui m’’a privé de la fin de mon enfance et du début de mon adolescence- que pendant vingt et un ans, j’’ai choisi d’’aider les élèves en difficulté, les « laissés pour compte » du système, les victimes d’’un nom de famille ou d’’un déni d’’existence ; tous ceux qui ne rentraient pas dans les cases préparées à l’’avance et qui souffraient de ne pas être reconnus ou d’’être trop visibles, les enfants gâchés.

C’’est un paradoxe, pour un enfant gâté, souvent insupportable.

Il est des joies et des plaisirs qui modèlent une vie ; il est des peines et des souffrances qui orientent un itinéraire.

J’’ai cru pouvoir (volontairement ?) ne garder de ces années que les joies, les plaisirs et les instants merveilleux. C’’était facile pour l’’enfant gâté et une manière d’’oublier pour l’enfant meurtri.

J’’ai choisi délibérément, pour me venger, de ne plus grandir, de rester une fois pour toute dans le domaine de l’’enfance. J’’en ai gardé une sensibilité qui est à la fois une force et une faiblesse.

C’’est pour cela que je suis devenu enseignant, pour rester « un enfant » et ne pas perdre contact avec cette enfance souvent blessée mais magique parce que sans certitudes et s’’émerveillant de tout.

Parce que j’’ai du mal à grandir –-ou j’’ai dû mal grandir- j’’ai joué au magicien, j’’ai fait mon cinéma ; le maître joue toujours un rôle, parfois sans s’’en rendre compte, pas celui qu’’on attend de lui d’’ailleurs ; il compose et recompose inconsciemment un personnage modèle : une voix, des gestes, une posture, des habitudes (pour se rassurer), pour tenter de maîtriser la peur qui est en lui.

 « Il » sait que les élèves ont peur, il la sent, palpable ; mais savent-ils « eux » que « lui » aussi crève de trouille ? Alors il construit une palissade qui au lieu de le protéger l’’isole.

Il se compose un masque et fait son cinéma pour survivre alors qu’’il lui suffirait d’’accepter ou de renoncer à un personnage pour vivre et jouer pleinement son rôle.

Vivre, c’est accepter sa différence -et celle des autres- pour en faire une arme destinée à prolonger le plaisir ou atténuer la souffrance.

 

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