Ecrits vains

« Ecrivains ! Ecrits vains ? »

« Que d’écrits vains ! Que d’écrivains !  » Jean-Pierre Brisset

Quelle puissance ont les signes écrits ! symbolique du temps qui s’écoule.

Là où cinq signes assemblés, e=mc², semblent concentrer tout l’univers, trois cent trente trois peinent à décrire un grain de poussière :

« J’ouvris les yeux. Pas un son, pas un bruit. Même la lumière, engourdie par le froid, peinait à franchir la croisée. Seul un point imperceptible de platine semblait avoir concentré en lui la vie qui m’entourait, dérivant lentement dans la lumière blafarde et agonisante. Puis, après un dernier éclat, brève incandescence d’une étoile qui s’effondre, lui aussi disparut. L’hiver était arrivé. »

Les mots sont une drogue, douce, mais créent une addiction. Dans le pis des cauchemars, j’imagine de grands livres avec des pages… vides et blanches !

Bref, je suis intoxiqué.

Vous pensez posséder le livre ? En fait, c’est lui qui vous possède.

Qu’il vous attire ou vous rebute, c’est lui qui fait de vous ce qu’il veut. Même l’auteur se fait piéger lorsqu’il en a terminé l’écriture. Il pense l’avoir possédé et c’est en fait  un possédé qu’il lâche dans la nature.

Si, par bonheur, vous aimez les mêmes livres qu’un de vos proches, essayez donc de comparer les personnages du livre, la représentation que vous vous en faites, les images qui vous sont venues à l’esprit en le lisant… Et vous ne parlez déjà plus de la même chose.

Le livre s’adresse à chacun de manière différente, il nous captive et nous émerveille, il fait appel à une magie interne qui nous projette, nous et notre univers, au travers des personnages.

Avons-nous réellement vécu cette histoire ? certainement, mais pas au cours de notre passé, seulement dans le présent du livre. Le livre nous permet de faire des sauts à travers le temps et l’espace, à nous, voyageurs immobiles. Il est le miroir de nos états d’âme et la projection de nos désirs.

Il est en même temps un acte de liberté et d’aliénation.

C’est forcément un acte de liberté, sinon, à certaines époques de sa vie, il n’aurait pas été censuré, poursuivi, brûlé, souvent en même temps que son auteur. C’est aussi un acte d’aliénation car il vous tient en son pouvoir et on n’est pas loin de la propagande lorsqu’il nous a réduits en esclavage et qu’on le vante.

Lisez-vous, comme moi, plusieurs fois les mêmes livres ?

Découvrez-vous toujours les mêmes objets aux mêmes places ? D’autres choses que vous n’aviez pas remarquées auparavant ?

Vous pensiez le connaître et vous le reconnaissez à peine, il n’est déjà plus le même parce que vous avez changé.

Il vous a changé.

Eloignez-vous vite, vous êtes possédés…

En même temps, cette aliénation, on la provoque, on la souhaite, on la veut. C’est notre imaginaire qui a hâte de consommer et de nous consumer. Sans le rêve, nous ne serions que des bêtes, ne l’oubliez pas.

Tiens, justement, à propos de bêtes…

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